Quatre questions autour du groupe Rossel. (source DailyNord)

Publié le par CGT Voix du Nord

Le groupe Rossel (qui détient lui-même le groupe Voix du Nord) n’en finit plus de grandir. Il est revenu à la charge il y a quelques jours pour obtenir le Pôle Champagne – Ardenne- Picardie, comprenant notamment l’Union de Reims. Quelques questions se posent autour de ses velléités.

QUE POSSÈDE EXACTEMENT ROSSEL ?

Le Soir, une myriade de quotidiens dans le sud du pays, la radio RTL en Belgique (voir toute la liste des médias belges sur cette page), le groupe Voix du Nord et tout ce qu’il comporte (journal éponyme, Nord Eclair, Le Courrier Picard, Weo, Nordway, les hebdos locaux), il y a bien longtemps que le groupe belge Rossel n’est plus cantonné à ses propres frontières. Le rachat du pôle Champagne Ardenne-Picardie (trois quotidiens : L’Union, L’Est éclair, Libération Champagne et le « on-ne-sait-plus-bien-quelle-périodicité » l’Aisne Nouvelle) le confirme encore une fois. On rappellera également qu’il y a quelques mois, Rossel s’intéressait au Parisien/Aujourd’hui en France, avant que les négociations n’achoppent. Sur son blog, le spécialiste des médias, Erwann Gaucher, ajoute que le groupe est aussi intéressé par Paris Normandie.

Disposez tout cela sur une carte : Rossel possède une bonne partie des titres belges, quasiment tous les titres du Nord – Pas-de-Calais, le principal journal de Picardie, avant très prochainement une bonne partie ce qui existe en Champagne-Ardenne. Font tampon au sud-ouest, Paris-Normandie (pour combien de temps ?), au sud-sud Le Parisien (qu’il a donc essayé de racheter) et à l’est, un autre mastodonte, EBRA. Même si dans le domaine des ventes de quotidiens régionaux, rien n’est acquis : Rossel n’est pas éternel et vendra un jour le groupe Voix du Nord au mieux offrant…

POURQUOI ROSSEL RACHÈTE À TOUT VA ?

Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre. Business is business et même dans la presse. Invité à s’exprimer dans Le Figaro en janvier 2011, Jacques Hardoin, patron du groupe Voix du Nord, donnait sa vision des choses : «Nous arriverons à un moment à trois ou quatre grands groupes régionaux. Cette concentration est plutôt vertueuse. C’est la seule et unique façon de maintenir de la presse de proximité et de qualité sur le territoire français». On reviendra plus bas sur cette phrase, mais en logique purement économique, faut-il comprendre, cela permet de mutualiser les coûts et les audiences et de résister alors que les ventes de la presse papier – de surcroît en quotidien – ne sont pas au beau fixe. Attaquer pour résister en fait. Ce n’est d’ailleurs pas nouveau : on en parle depuis des décennies (voir par exemple cet article de l’Expansion en 1998).

ROSSEL EST-IL LE SEUL « MÉCHANT » OGRE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE RÉGIONALE ?

Non, bien sûr que non. Actuellement, la presse quotidienne régionale se résume à quelques grands pôles avec pour la plupart les mêmes intentions. Parmi eux, on peut citer le groupe SIPA-Ouest France pour la Bretagne et l’Ouest, le groupe EBRA (est de la France de l’Alsace jusqu’à Lyon), le groupe Sud-Ouest (de Bordeaux à Montpellier), le groupe Hersant Médias (essentiellement présent dans le sud de la France (Provence), vu qu’il perd son pôle Champagne), Amaury (Le Parisien), Centre France (Centre), La Dépêche (Midi Pyrénées). Clairement, chaque groupe a la même volonté d’hégémonie que Rossel, avec plus ou moins de moyens. EBRA avait ainsi racheté plusieurs quotidiens régionaux en 2007 (Le Progrès, Le Dauphiné Libéré, Le Bien Public) étendant son emprise géographique de la frontière luxembourgeoise… aux portes de la Provence.

UN BIENFAIT POUR LA PRESSE ?

C’est comme cela que Jacques Hardoin (et il n’est pas le seul) présente les choses. Economiquement pour le moment, certainement. En terme d’emplois, pourquoi pas ? Sans le groupe Rossel derrière, les journalistes de Nord Eclair, quotidien qui survit depuis plusieurs années, auraient connu quelques plans de licenciements. En terme de liberté et de pluralité des sources d’information, on est en droit de s’inquiéter. Demain, si le groupe Rossel n’a pas envie de parler d’un scandale quelconque, c’est plus de cinq millions et demi de lecteurs qui n’en seront pas informés. On en a eu l’exemple il n’y a pas très longtemps dans la région avec le groupe Voix du Nord sur l’affaire Pacory, révélée par DailyNord : les journaux du groupe ont mis une semaine à en parler, et encore contraints et forcés parce que l’information faisait trop de bruit pour être passée sous silence et que les rares médias régionaux n’appartenant pas au groupe (France 3 Nord – Pas-de-Calais, La Croix du Nord, 20 Minutes Lille, Eco 121, par exemple) s’en sont font l’écho. Ben oui : Bernard Pacory est le patron du Crédit Agricole Nord de France, actionnaire à 25% du groupe Voix du Nord. La « concentration vertueuse » est donc une notion qui se discute…

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