France Soir – Conférence de presse du SIP-CGT à l’imprimerie Roto Francilienne

Publié le par CGT Voix du Nord

Triste fin pour France-Soir ! Non pas comme c’est affirmé dans l’édito du Monde du daté 16 décembre 2011, « sans avoir pu remercier ses derniers lecteurs. Un groupe de militants syndicaux (…) obligeant son propriétaire à arrêter, avec deux jours d’avance, son l’impression du quotidien », mais parce que ce titre historique « populaire » est devenu en quelques décennies un titre « populiste » mené à sa perte. Lors d’une conférence de presse organisée à Evry, à l’imprimerie Roto-Francilienne qui tirait le journal France-Soir, à l’initiative du Comité Inter CGT, les représentants des organisations syndicales régionales s’expliquent :

Gérard Letréguilly, secrétaire du Syndicat des imprimeries parisiennes (SIP-CGT) a souhaité l’organisation de cette conférence de presse afin d’évoquer le problème spécifique de l’arrêt de l’impression de France-Soir et des conséquences à venir rapidement sur l’impression et la distribution, précisant que l’on avait beaucoup parlé du centre éditorial, mais peu de ces deux secteurs. Aujourd’hui, c’est le compte à rebours de la mort du titre qui vient de commencer, et pas seulement du papier imprimé. Après avoir supprimé les pages « sport » et les pages « hippique », en choquant et en éloignant les lecteurs, en faisant d’un journal populaire un journal populiste, M. Pougatchev met à la porte près de 150 salariés. La facture de son incompétence est lourde pour des salariés qui ont pourtant tenté de combattre les erreurs stratégiques et rédactionnelles de la direction. M. Pougatchev demande aux 41 salariés restants de lui faire confiance sur un projet numérique dont personne ne croit, surtout pas les professionnels de la presse.

Depuis huit semaines, le Comité Inter fait des actions (rassemblements, affichage…) pour être entendu des instances gouvernementales et des éditeurs. Mais une seule formation politique s’est ralliée à la cause du pluralisme de la presse portée par les organisations syndicales. A croire que le pluralisme et la démocratie n’intéressent pas les élus de la République.

L’Histoire retiendra que Pougatchev aura arrêté un quotidien mythique sans avoir respecté les règles du plan de sauvegarde de l’emploi. Et que les 900 000 euros d’aide à la presse versés par l’Etat en décembre serviront à financer les licenciements.

Entre 2004 et 2012, près de deux tiers des effectifs des imprimeries auront été supprimés. Les conséquences de l’arrêt du tirage de France-Soir ne portent pas seulement sur cette imprimerie, elles impactent l’ensemble des imprimeries de la Presse quotidienne nationale (PQN), y compris en région (deux imprimeries concernées : Marseille et Bournezeau, en Vendée) ; conséquences aussi sur la distribution : moins 6 millions d’euros pour Presstalis, déjà dans une situation tendue.

Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, s’est même engagé à trouver des solutions de reclassement. Il va falloir nous expliquer comment il compte faire pour reclasser des salariés dans les imprimeries, la distribution et les rédactions, dans la période actuelle – plans sociaux : La Tribune, France-Soir, Le Parisien, Les Echos. Les représentants de l’Etat, recevant la délégation du Comité Inter CGT, ont affirmé, le 12 décembre, vouloir rencontrer M. Pougatchev pour le dissuader d’arrêter le journal papier… Visiblement, ils n’ont pas été entendus. Jeudi 15 décembre, une nouvelle réunion se tenait pour examiner le projet de reprise de France-Soir par Mme Christiane Vulvert. Mais Vincent Péreygne, conseiller du ministre pour la presse écrite, avoue qu’il fera tout pour soutenir le projet de Mme Vulvert, mais qu’il manque aujourd’hui d’éléments.

Pour ce qui concerne la polémique orchestrée (preuves à l’appui) par M. Pougatchev concernant les méthodes de la CGT, Olivier Blandin, secrétaire du syndicat Info’Com-CGT, explique : M. Pougatchev nous a mis le dos au mur en accélérant la procédure dans la plus grande illégalité (irrégularité, droit d’entrave). Les syndiqués ne se battent pas contre les salariés mais bien contre la direction qui met en péril leur avenir professionnel. Nos actions sont pacifiques. La direction a amplifié démesurément les conséquences de l’intrusion dans ses locaux pour se victimiser, pour diviser les salariés et pour faire porter le chapeau de son échec sur les organisations syndicales. La manœuvre est grossière, profitant de la situation d’incertitude et d’angoisse dans laquelle se trouvent les salariés du titre, entre ceux qui refusent le plan et ceux qui ont finit par l’accepter.

Selon une représentante de Force ouvrière présente à la conférence de presse, la CGT a montré sa solidarité avec les salariés de France-Soir, mais aussi avec les salariés de toute la presse, regrettant le peu de mobilisation des journalistes pourtant malmenés ces derniers temps. Elle a rappelé que les syndicats sont présents pour préserver les emplois et pas seulement pour gérer des plans sociaux. Elle rappelle également qu’il y a une « chasse aux sorcières » des représentants syndicaux, et que les directions profitent de certaines mutations, du Web par exemple, pour remettre en cause l’existant. Elle appelle les salariés à être plus solidaires et à ne pas se tromper d’ennemis.

Pour le Comité Inter, France-Soir est un laboratoire observé par de nombreux patrons de presse. La profession est menacée et si les salariés pensent retrouver du travail après avoir négocié quelques euros de plus pour leur licenciement, ils se trompent. De plus, l’arrêt de la version papier de France-Soir est un signal envoyé aux éditeurs. N’oublions-pas que, au-delà des emplois, c’est aussi l’information qui est en danger.

 

Propos recueillis par Bruno Lantéri, journaliste et délégué syndical CGT au Monde

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