Lettre à la ministre de l'information.

Publié le par CGT Voix du Nord

Madame la Ministre de l’Information, de la Communication et de la Culture,

Nous souhaitons vous rencontrer de toute urgence. Financée par les fonds publics, la machine à détruire l’emploi dans la presse s’est remise en marche. Il s’agit d’un expédient bien connu depuis trois décennies, dont tous nous savons qu’il est totalement inefficace. Le plan de départs volontaires perpétuel s’ajoute au plan social à répétition.

Mais cette fois, un point de non retour est atteint. Encore quelques coupes claires dans les effectifs, et c’en est fini de la presse d’information. Est-ce bien votre but ?

Le décret Sarkozy, issu des états généraux de la presse, fonctionne comme une machine à décoller la presse du papier. Ce que naguère il était convenu d’appeler les « aides » est devenu un fonds public qui alimente la course privée aux destructions d’emplois, dans l’objectif de parvenir à une rentabilité qui ne sera atteinte par personne.

Le capitalisme numérique ne ménage aucune « transition », les investissements massifs et la dictature financière qu’il impose précipitent la mort subite d’un nombre croissant de titres. Sans que le bout du tunnel ne soit jamais envisagé, car le « modèle économique » est détenu par les géants du net, ce qui ne laisse aucun répit aux sociétés d’information en général,  et en particulier à celles de la presse écrite. Préconisez-vous de laisser passer, laisser faire ?

L’information et la communication ne transitent pas de façon harmonieuse par étape et palier vers l’ère moderne du numérique, mais s’industrialisent au point que leur production est en train de passer sous contrôle d’algorithmes, de robots et des capitaux. Ce processus d’annexion et de mutation de l’information est incompatible avec l’information libre et pluraliste telle que définie naguère dans le bloc de constitutionnalité.

L’écart deviendra sous peu irréversible entre une information captée par le capitalisme numérique et sa définition républicaine. Une rupture est en cours dont l’information ne reviendra pas à moins d’une intervention globale guidée par un projet démocratique. Le risque imminent est la domestication de l’information par le réseau informatique au service du système économique unique.

Nous vous proposons d’éclairer l’avenir de l’information, donc de parler d’espérance et de démocratie. Par là, nous vous signifions que nous sommes du côté de la négociation, pas de la reddition.

Ce que nous vous proposons de débattre et de négocier, dans un cadre national approprié à l’élaboration d’un plan stratégique global :

1. Un gel des licenciements, ruptures conventionnelles, plans de départ volontaire et mesures de précarité doit être mis en place, de façon à soumettre le traitement des besoins en personnel au projet d’intérêt général pour l’information dont la présente négociation est l’objet.

2. L’information doit être restituée à la République et les lois existantes se doivent d’être appliquées et étendues.

C’est par la loi que les monopoles sur l’information seront contraints de desserrer leur étreinte.

C’est par la loi que des sociétés d’information à faible lucrativité permettront aux éditeurs d’éviter l’impérative obligation de se vendre à la banque et à la grande industrie.

C’est par la loi, dont la transposition européenne devra d’emblée être envisagée, que les géants du Net seront tenus en respect. Les fonds publics doivent être mobilisés pour ces objectifs d’intérêt général.

3. Sauver l’information du naufrage industriel. La prophétie libérale en vigueur condamne et le papier, et les papeteries, et la structure industrielle qui les sous-tend. Il faut arrêter le massacre : l’information sur papier a besoin d’un réseau mutualisé d’imprimeries, d’une diffusion/distribution répondant au service public du lecteur, et du soutien à la production nationale de papier.

4. Envisager le numérique d’un autre point de vue que celui du dogme libéral. Dès l’origine, dès les années 70, la Fédération et ses syndicats ont suivi les développements de ce que l’on nomme technologies de l’information et de la communication.

Là où des qualifications nouvelles et prometteuses apparaissent, l’espoir est contredit par ceux qui considèrent le numérique comme le cheval du Troie du libéralisme.

Ne pas se résoudre au développement de la précarité et de la non reconnaissance des qualifications nécessite d’entrer de plain pied dans le débat stratégique que nous voulons ouvrir pour distinguer ce qui relève de l’intérêt numérique général de son détournement libéral.

L’ensemble des syndicats Filpac CGT de la presse, de l’information, de la culture et de la communication vous donnent rendez-vous le 6 mars 2014 devant votre ministère.

Recevez, Madame la Ministre, l’expression de nos salutations distinguées.

 

Pour la Filpac CGT, Marc Peyrade, secrétaire général

Montreuil le 10 février 2014

Publié dans FILPAC

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